Ask Argi Anything : la peur de soigner

Chaque semaine, Argi répond à vos questions et arrose de son infinie sagesse le terreau déshydraté de votre innocence. Pour vous aider à devenir, un jour, peut être, un prêtre acceptable.
Cette semaine, une lettre de Patrick-Antoine G., 22 ans de Toulouse, qui joue prêtre humain sur Marécage de Zangar, collectionne les montures volantes et souffre d’alopécie (le prêtre) (Patrick-Antoine aussi). Et qui existe totalement.

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Cher Argi,

J’ai toujours joué prêtre ombre. En apprenant que l’arme légendaire shadow était un couteau, mon univers s’est effondré. Etant petit, j’ai laissé tomber le hachoir de mon père, me sectionnant 3 orteils et depuis j’ai une phobie des objets tranchants.  Les bâtons sont plus rassurants et j’envisage de passer soigneur à Legion.
Mon gros problème, c’est que je n’ai jamais soigné. J’ai lu toutes les ressources pour bien soigner mais l’angoisse m’étreint à l’idée de me lancer. Tant de responsabilité écrase mon cœur. J’ai gardé une fois notre poisson rouge de la classe de CM1 pour les vacances et il est mort d’inanition quand j’ai oublié de le nourrir. J’ai des souvenirs post traumatiques à la perspective d’être responsable du sort d’un tank et de trois DPS.

Aidez moi      Patrick-Antoine.

Cher Patou,

Nombreux sont ceux qui, lassés de jeter des bouts de bois ou étincelles à la figure de leurs adversaires, envisagent la carrière de soigneur. Mais le doute les retient. Il en va de même pour ceux qui voudraient s’adonner au tanking ou pour les soigneurs orthodoxes qui lorgnent du coté de la spé discipline. Bien souvent, le dernier obstacle n’est pas une lacune personnelle mais la peur de l’échec.

Laissez moi vous narrer une histoire, tout le monde aime les histoires.

La scène se passe il y a déjà quelques années, j’étais plus jeune, le port altier, le poil soyeux. Notre petit cercle d’amis organisait une petite soirée karaoke en compagnie de quelques pièces rapportées. Cette perspective me remplissait tout à la fois de joie et de crainte. De joie car j’adore chanter. J’adore les chansons à texte, j’adore les grands airs de la musique classique.  Je chante sans complexe dans la salle de bain. Je chante dans les caves où l’acoustique magnifie ma voix. Je fredonne soto vocce en courant. J’entonne d’un petit air narquois des airs funèbres quand le tank body pull toute une salle de l’Arctraz.
De crainte parce que j’ai une voix que seule une mère pourrait qualifier de jolie. Elle se situe quelque part entre du Renaud (post alcool) et Jeanne Moreau (post cigarette). En plus aigu.

Mais j’aime chanter. Alors j’y suis allé. Surtout parce qu’il y avait une petite que je voulais serrer.  Quand mon tour est venu, j’ai massacré Bohemian Rhapsodie. Six minutes de torture. Les verres vibraient. Le papier peint se décollaient et le plâtre se fissurait. Mes trilles passaient les tympans et attaquaient directement les nerfs.
Bien décidé à ne pas lacher l’affaire, mais conscient que j’avais tapé un peu haut, j’ai enchainé avec Infréquentable de Bénabar. Une de mes amies a fait sauter un plombage à trop grincer des dents et un autre commençait à pleurer du sang.
Puis je les ai euthanasié avec un duo Gloria Gaynor : I will Survive. Après quoi tout le monde s’est jeté dans la mêlée et la soirée s’est finie très tard sur un florilège de Dalida et la Compagnie Créole.

« Mais alors Argi, tu veux dire qu’il faut avoir confiance en moi, essayer une spé soin et que tout va bien se passer ? » Me direz vous, très cher Patou.

Pas du tout. Après avoir bien bramé, la biquette est rentrée dans son paddock en solitaire et n’a pas brouté de gazon. Vous allez essayer une spé soin, vous allez lancer un donjon et il y a 75% de chances pour que vous vous vautriez. Parce que vous êtes un cake aux prunes. C’est bien beau d’avoir lu ce qu’il faut faire ou de connaitre les paroles mais quand il faut vraiment soigner ou chanter, il faut de la pratique. D’où le wipe. Un cake aux prunes, je vous dis.

Mais sachez bien que vous êtes mon cake aux prunes

Donc vous allez libérer, revenir et recommencer. Jusqu’à ce que ça passe. Et à chaque wipe, vous progresserez un peu et vous intégrerez un peu mieux la théorie à la pratique.

« Mais alors, les autres joueurs vont dire que c’est ma faute ; ils vont se moquer ; ils vont m’en vouloir. » Vous inquiéterez vous, inestimable Patou.

Et franchement, c’est fort probable. Ils vont certainement faire des remarques désagréables. Râler comme des cochons pesteux. Vous souhaiter un développement des métastases. Suggérer des copulations contre nature entre votre maman et un patamodon. Bref : flame.

Mais voyez vous, tout cela ne vous atteint pas. Ils essayeront de piétiner votre égo pour se sentir mieux mais, au fond, vous savez. Vous savez que le démo incapable de poser la pierre d’âme oscille entre Bronze IV et Bronze III depuis 4 saisons. Que le tank qui tient l’aggro comme des nouilles trop cuites respire par la bouche et n’a jamais réglé son micro autrement qu’en activation continue. Que la chasseresse elf de sang passe de guilde en guilde en semant les dramas et échangeant des loots contre des snapchat licencieux. Que le rogue qui casse les CC mange des chips entre les packs sans jamais s’essuyer les mains et qu’une colonie de fourmis a élu domicile dans son clavier.

300 po de répa ? Darling, je dépense plus en transmog chaque jours.

300 po de répa ? Darling, je dépense plus en transmog quotidiènement.

Et c’est pour avoir fait wiper ce groupe là que vous culpabilisez ?  Parce qu’ils vont devoir réparer leur équipement ? Parce qu’ils mettront 30 minutes au lieu de 15 pour leur donjon ? Parce qu’ils doivent revenir à pieds ?

Au pire, ils vont vous vote kick. Ils retourneront en file d’attente pendant que vous irez prendre l’air, faire autre chose, vous décontracter. Et quand vous serez prêt ; vous y retournerez avec la certitude qu’il y a toujours de la place pour un soigneur dans le LFG.

La confiance en soi, c’est très surfait. C’est démoli au moindre échec.
SI vous restez par terre à chouiner après être tombé de cheval, la seule chose qui peut vous arriver c’est de vous faire piétiner en plus. Autant remonter en selle, lui mettre un coup de latte entre les oreilles et recommencer. Et je sais de quoi je parle, j’ai vu un cheval, en photo, une fois, de loin. Il faut juste bien tenir le guidon.

L’échec fait partie du processus d’apprentissage

Il n’y a rien à apprendre quand on roule sur le contenu. Quand appuyer sur n’importe quelles touches dans n’importe quel ordre produit un résultat suffisant alors n’importe quel panda peut prendre votre place devant le clavier avec ses gros doigts. C’est la mise en difficulté qui crée les conditions d’une progression.

Ne fuyez pas cette difficulté, inénarrable Patou car sur le « terreau fertile de la persévérance poussent les orchidées de la réussite » (Dolf Lundgren, Passion torride à Istambul)

La certitude que vous pouvez, avec  quelques conseils, un peu de pratique et beaucoup d’abnégation devenir un prêtre acceptable.

Et souvenez vous

Fab 03

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